La presse en parle ...

Cecile B.B de Froggy's Delight (www.froggydelight.com)

Le thème de cette pièce de Sasha Pairon, rattrapée par une actualité qui n'en fait qu'à sa tête, trouve un écho particulier dans les récents évènements survenus dans le monde arabe. Écrit avec beaucoup de finesse et dans un style enlevé, elle navigue sans cesse entre témoignage de guerre, belle histoire d'amitié et thriller psychologique et sait captiver le spectateur tant par l'intérêt de l'intrigue que par les nombreuses réflexions.
Les deux comédiennes Sylviane Goudal (Myla) et Dominique Scheer (Niobé), sur lesquelles reposent toute la pièce, portent admirablement l'œuvre, interprétant leur personnage avec une grande justesse et la nuance nécessaire pour rendre les sentiments complexes qui les animent.
La mise en scène de Véronique Barrault, discrète et efficace, a su utiliser tous les atouts mis entre ses mains et les mettre au service du spectacle, captivant le spectateur et faisant monter la tension psychologique jusqu'au dénouement final, bouleversant.
Lumières (Bastien Catenacci) et décors (Caroline Mexme) très réalistes retranscrivent à merveille l'ambiance caniculaire particulièrement pesante de ces étés du sud, où l'air vient à manquer entre la fournaise des murs inondés d'un soleil cru.

Le mythique Théâtre de la Huchette accueille avec "Un banc à l'ombre", une création comme on aimerait en voir plus souvent : bien écrite, finement réalisée et impeccablement interprétée. Un spectacle de qualité.

 

Tanya Drouginska de Reg'Arts (www.regarts.org)

La mise en scène de Véronique Barrault est parfaite, nous sommes d'emblée dans l'atmosphère lourde d'un pays caniculaire soulevé par une révolution et les jeux de scène sont efficaces.
Les deux comédiennes chevronnées sont en tous points remarquables. Sylviane Goudal campe une Myla plus vraie que nature, à la fois rude et vulnérable et Dominique Scheer, alias Niobé lui donne une réplique vive et spirituelle.
Caroline Mexme plante un décor très évocateur: un mur de pierre sablé, d'où s'échappent des branches d'olivier et le fameux banc, centre de toute l'action. [...]

Voici un spectacle de grande qualité à ne surtout pas manquer.

 

Marine S. de Sortir à Paris (www.sortiraparis.com)

Ces deux femmes, interprétées par Sylviane Goudal et Dominique Scheer, apparaissent ici comme la preuve même du courage féminin, de l’amour sans limite des femmes pour ceux qu’elles aiment. Au cœur d’une société où l’espoir est tout ce qu’il reste, elles sont deux héroïnes de leur destin et deux ferventes défenseurs de la justice. Le jeu est puissant, émouvant, drôle. Chacune dans son rôle, nous touche et nous transporte dans sa zizanie.
L’actualité politique actuelle des pays arabes donne certainement à cette pièce l’intensité qui aurait pu lui manquer. Rattrapée par le printemps, elle nous apparaît aujourd’hui comme une véritable histoire dans l’Histoire. Dans nos mémoires résonnent le bruit de la révolution, ces images qui pendant de nombreux mois, ont hanté nos esprits.
Véronique Barrault à la mise en scène, nous offre un très beau moment de théâtre.

 

Alexis Pitallier de Toute La Culture (www.toutelaculture.com)

« Toute ressemblance avec des événements qui se sont déroulés récemment dans le monde tels que les révolutions arabes n’est que pure coïncidence ». C’est ce que nous pourrions lire en introduction. Sasha Pairon, poète, écrivain et dramaturge a écrit « Un banc à l’ombre » en 2003. C’est une pièce à portée métaphorique et universelle qui se déroule dans un pays indéterminé que l’Histoire a rattrapée en lui donnant une puissance prophétique supplémentaire. Ce n’est pas sa seule qualité : le texte que se partagent les deux personnages et les comédiennes qui les incarnent est remarquable. Il crée l’intrigue, le mystère, la surprise et la réflexion. Il pose par exemple des questions morales et philosophiques : l’espoir d’un avenir meilleur n’est-il qu’illusion ? A-t-on le droit de décider de la mort des « bourreaux » au risque de devenir comme eux ? Jusqu’où une histoire personnelle peut influer sur la grande Histoire ?
[...] Dominique Scheer (Niobé) et Sylviane Goudal (Myla) sont tout simplement incroyables. Elles font ressentir les émotions de leurs personnages, nous faisant passer du rire aux larmes. La mise en scène signée par Véronique Barrault, comédienne/actrice élève de Tsilla Chelton est judicieuse comme les effets sonores et le décor à la tonalité expressionniste.

A découvrir ...

 

S.LB  de Sortiz (www.sortiz.com)

Sylviane Goudal est Myla : en treillis militaire, « le règlement, c’est le règlement », intraitable au début, et peu à peu le sourire apparaît avec la tolérance et la douceur. Niobé, c’est Dominique Scheer, féminine, intelligente, maligne : elle embobine Myla avec diplomatie.
Ses 2 comédiennes sont merveilleusement complémentaires et nous font passer une soirée très émouvante dans une belle mise en scène de Véronique Barrault.

 

Tessa Tristan de Encres Vagabondes (www.encres-vagabondes.com)

Pour capter l'attention, les pièces de théâtre doivent être inattendues et harmonieuses, douces et cruelles, denses et profondes – transcender les antinomies au cœur d'un réel vivifié par l'imaginaire jusqu'à atteindre une signifiance intemporelle. Celle de Sasha Pairon, à laquelle les actualités récentes confèrent un saisissant relief, présente ces qualités, mise en scène par Véronique Barrault dans Un banc à l'ombre au Théâtre de La Huchette …

Une femme-soldat, mitraillette au poing, monte la garde d'un ancien monastère reconverti en prison sis en haut de la ville, sous un soleil qu'on imagine de plomb, dans un pays hypothétique dévasté par la crise économique et politique… Murée dans un silence agressif, prête à se déployer tel un fauve aux aguets, la militaire semble aussi massive, abrupte et inexpugnable que la place fortifiée qu'elle a en charge de surveiller. Survient alors – comme son exact contraire – une jeune femme, Niobé, toute fragile et gracieuse dans un état de grossesse avancé, en quête d'un enfin du "seul banc à l'ombre de la ville" (!) où respirer et se reposer un peu… Elle va même se risquer à tricoter sous les yeux de ce farouche cerbère qui, méfiante, la chasse sans ménagement. Pourtant, tous les jours, patiemment, Niobé va revenir, tenter de se faire accepter, de tisser une douceur, un semblant de lien entre elles à travers une suite d'épanchements calculés… Au fil de conversations tour à tour complices ou hostiles perçues comme autant d'étapes, Myla s'apprivoise, s'humanise, mue malgré elle par cette obscure solidarité des femmes devant celle qui perpétue la vie. L'histoire de chacune se met à jour et l'on suit avec passion l'émergence de leurs vérités intérieures à travers ce cheminement, intensifié encore par la dureté du contexte politique.

Dans un équilibre toujours traversé de tensions, les deux protagonistes – admirablement interprétées par Dominique Scheer (Niobé) et Sylviane Goudal (Myla) – s'affrontent et se découvrent leur authenticité respective au fil d'un dialogue oscillant en permanence entre confession et duel, chacune incarnant pour l'autre ce qu'elle-même ne saurait être. Un air de musique tragiquement obsédant vient scander les diverses phases où couve toujours une violence intime au bord de l'explosion. Les relations fluctuent sans cesse dans un suspens exaltant. L'équilibre des forces en présence se renverse dans de subtils rapports de subversion-séduction : aux doutes et aux fragilités internes de l'une, incarnant l'autorité au pouvoir, répondent la force et les intentions cachées de l'autre, soutenue par la passion vivante, mobile, terrible qui l'unit au père de son enfant à naître… La complexité de la situation ne se découvre que de manière brisée, rusée, tendue, dialectique, par succession de révélations traversées comme autant de péripéties, jusqu'à l'instant de vérité final où la manipulation éclate, vie et mort intrinsèquement mêlées…

La pièce traite d'un double thème : la rencontre de l'autre – éprouvée à la fois comme choc et révélation – prise aux rets des contingences d'une Histoire à laquelle l'existence individuelle, avec son opacité, sa singularité, sa spontanéité imprévisible et inépuisable se retrouve asservie. Dans son refus obstiné à la résignation commune au cours des événements, armée de son enfant à naître, Niobé incarne la Némésis ou la loi du châtiment qui vient sanctionner l'arrogance humaine (hybris) selon la Moïra grecque. A l'inverse, Myla, arc-boutée sur l'élan passé des idéaux de sa jeunesse, a opté pour le strict respect des consignes qui lui tiennent lieu de convictions ; elle apparaît plus proche du fatum latin, de la marche inéluctable d'un destin joué d'avance. De leur conjonction découle la tragédie, axée sur ces dichotomies rémanentes que sont l'amour / la solitude, l'intégrité / la trahison, et pour finir la vie / la mort, où vont se décliner toutes les notes existentialistes – intensité, affirmation, engagement, mobilité – d'un chant de lutte et d'action aux accents réels, immédiats. C'est superbe. C'est déjà un classique.