LE RETOUR DU BRIGADIER

P1100479Automne 1947. La troupe de Georges Vitaly est en plein travaux pour préparer l’ouverture du Théâtre de la Huchette. « Les toilettes sont bouchées », signale un jour un comédien couvert de plâtre, dégoûté par l’odeur pestilentielle qui se dégage des W-C à la turque du rez-de-chaussée. Un fil de fer émerge du trop-plein. Vitaly plonge une main gantée et courageuse dans l’orifice.

Tirant sur le fil de fer comme sur une ligne de pêche, il remonte lentement, dans un glouglou peu ragoûtant, une curieuse tête sculptée dans un bois de cerf. L’équipe l’aide joyeusement à nettoyer à grandes eaux le sceptre qui semble provenir d’un lointain pays. Vitaly prend un solide bâton et le coiffe du trophée. Puis il le bandit et décrète que cet étrange bout de bois sera le « brigadier » qui frappera les trois coups traditionnels.

Un soir de 2010, alors que le Pompier de La Cantatrice frappe les 3 coups annonçant l’ouverture du rideau, la tête du brigadier se fend en deux. Après plus de 60 ans de bons et loyaux services, le magnifique bois de cerf sculpté doit quitter la scène.

En 2012, la Bibliothèque Nationale de France le récupère et le répare. Mais il est trop fragile pour reprendre ses coups. Jean-Noël Hazemann, le directeur du théâtre, contacte le CFPTS (Centre de Formation Professionnelle aux Techniques du Spectacle). Les élèves empruntent le brigadier à la BNF et reproduisent avec une étonnante vérité l’original.

A partir  de mi-mai, l’objet fétiche annoncera de nouveau le début de La Cantatrice chauve et de La Leçon.