Le spectacle Ionesco

Nicolas BATAILLE

Photo+Nicolas+Bataille+2.previewNicolas Bataille, né le 14 mars 1926 à Paris, est décédé le mardi 28 octobre 2008 à son domicile parisien des suites d’un cancer.

Nicolas Bataille, dont la mise en scène de La Cantatrice Chauve (la première pièce de Eugène Ionesco) se joue sans discontinuité depuis 53 ans au Théâtre de la Huchette à Paris, a débuté à l’écran sous l’Occupation tout en suivant l’enseignement dramatique de René Simon (aux studios Francoeur) et de la comédienne Solange Sicard.

Nicolas Bataille débute au théâtre sa carrière de metteur en scène en montant Une saison en enfer de Rimbaud, en collaboration avec Akakia Viala (Prix d’avant-garde au concours des jeunes compagnies, 1948). Il monte ensuite, toujours en collaboration avec Akakia Viala, Les Essais de Montaigne, La légende de Thyl Eulenspiegel. Son amitié avec la famille Claude Autant-Lara lui permet de créer en mai 1950 aux Noctambules La Cantatrice Chauve d’Eugène Ionesco, pièce reprise en février 1957 au Théâtre de la Huchette et dans laquelle il interprétera le rôle de Monsieur Martin jusqu’en 2008. En 1952, il met en scène Les Possédés de Dostoïevsky, spectacle dans lequel il fait jouer Eugène Ionesco, puis, l’année suivante, Le Chat dans la cage de Howard Richardson et, en 1955, A Montmartre le soir, une évocation des chansons de Bruant. Au Théâtre de la Huchette, il crée en 1960 Le Voleur de blues d’Akakia Viala, puis La Buanderie de David Guerdon. En 1962, il monte une revue de strip-tease d’avant-garde aux Folies-Pigalle Twist-Appeal avec Vince Taylor (1962), puis une saison de comédies musicales françaises à Paris : Paris 1900-1925 et La Femme-femme (1963). Metteur en scène au Café-Théâtre de la Grande-Séverine de la Philosophie dans le boudoir du Marquis de Sade, très vite interdit par la Préfecture de Police, et un Spectacle Boris Vian (1964), il crée ensuite de nombreuses mises en scène dont la Conversation et Les Parisiens du dimanche de Claude Mauriac (1965), Hanafuda (1971). Il interprète également L’Eté au Théâtre de Poche-Montparnasse (1966-1967), Supplément au voyage de Cook au Lucernaire (1972)…. Il a monté, principalement au théâtre de la Huchette, divers auteurs contemporains : : Weingarten, Ionesco, Cocteau, Jean-Claude Darnal, Claude Mauriac, Jeannine Worms, Bernier et Maridat, Jacques Prévert, Boris Vian, Da Costa, Roger Défossez, Jean Pérol…

 

Il partage régulièrement son temps entre la France et le Japon, qui le passionnait, où il se voit décerner plusieurs prix (Prix Kinokunya, 1969, de la meilleure mise en scène de l’année pour le Spectacle Futuriste Italien ; Prix d’excellence, 1975, pour La Maison Tellier, d’après Maupassant, au Festival Théâtral de Tokyo ; Premier prix, 1976, pour Offenbach tu connais ? de Roger Défossez au Festival Théâtral de Tokyo). Il a reçu également l’Ordre du Soleil Levant rayon d’or avec Rosette. En France, il a obtenu en 1985 Le Prix Georges Pitoëff, attribué par la SACD pour sa mise en scène de Le Cirque de Claude Mauriac. Il a été également nominé aux Molière du meilleur spectacle musical pour Offenbach tu connais ? (1989 et 1995) ainsi que pour Le Voyage de Mozart à Prague (1992). En 1993, il est invité à Hollywood pour mettre en scène La Cantatrice Chauve en anglais et, pour cette mise en scène, il a reçu un Critics Award (1993). En 1999, il a monté Yossé-Cabaret Japonais qui fut créé au Théâtre du Temps, puis repris à Saint-Germain en Laye (Piccolo Théâtre) et enfin au Service Culturel de l’Ambassade du Japon, à Paris, Marseille et Colmar.

Ces dernières années, il a mis en scène, au Théâtre de la Huchette, Viva Maïakovski (Baladin d’honneur des petites scènes), En route vers le Tokaïdo (d’après Jippensha Ikkû, 2000), Les Plaisirs scélérats de la vieillesse (de M. Philip, 2002), Kidnappée ! (de J. Renault, 2003), La Controverse du hublot de babord (de Robert Georges E. Emion). En 2007, il a joué pour la dernière fois dans une création au Théâtre de la Huchette : Shunkin de Junichiro Tanizaki, mise en scène de Yasuko OMACHI.

Au cinéma, il a été un temps l’interprète de prédilection de Louis Malle qui l’a dirigé dans trois de ses films : Ascenseur pour l’échafaud, Zazie dans le métro, Vie privée. Jean Dréville l’a dirigé dans Normadie-Niémen et Jacques Tati lui a confié le rôle d’un des ouvriers dans Mon oncle. Il a co-réalisé avec Yannik Bellon un documentaire sur les cartes postales auquel participait Jacques Prévert et a co-réalisé, avec Michel Nuridsany, Bastien et Bastienne d’après Mozart.

Auteur, il a écrit un pastiche de Rimbaud, La Chasse spirituelle, qui provoqua un scandale dans le monde littéraire, ainsi que, en 2006, Le théâtre, c’est pas un métier, roman d’aventure autobiographique préfacé par Michel Nuridsany (éd. l’Harmattan).